Une déclaration universelle pour protéger la Mère Terre

Publié à 0h00 le jeudi 21 janvier 2010
O6

À trop regarder les mauvaises nouvelles à la télévision, cela nourrit souvent notre propre pessimisme par rapport à la vie. Il y a un certain temps, je ressentais du fatalisme face à l'avenir de la vie sur la terre. Malgré toute ma bonne volonté, je ne parvenais pas à voir de quelle manière nous parviendrons à proposer des solutions visant à protéger les écosystèmes dont nous dépendons pour vivre.

Pourtant, malgré le pessimisme qui parfois nous envahit, la faible lueur de l'espoir ne cesse jamais de brûler dans le cœur humain et c'est ce qui éclaire le monde au moment des pires cataclysmes. Face à cela, la mauvaise volonté des politiciens et des industriels qui ont manqué le rendez-vous de Copenhague ne peuvent rien pour éteindre cet espoir qui nourrit notre quête du bonheur sur cette terre qui porte notre vie. Les grands médias contrôlés par les industriels ne peuvent rien non plus pour empêcher la vérité de remonter jusqu'à nos cœurs sensibles toujours prêts à se lever debout pour défendre les principes et les valeurs humaines qui font que la vie sera toujours un nectar délicieux à savourer quoi qu'en pensent ceux qui celles qui veulent tout contrôler.

Cette semaine, j'ai eu une raison de me réjouir lorsque j'ai appris que l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté sans fanfare ni trompette, en décembre dernier, une résolution visant à entamer un processus diplomatique qui pourrait mener le monde à l'adoption d'une Déclaration universelle pour protéger la Mère Terre. Cette initiative, on la doit au président de la Bolivie, Evo Morales Aiya qui a été porté au pouvoir par les peuples indiens de son pays. Après plus de 500 ans de résistance aux envahisseurs européens qui ont fait main basse sur l'Amérique du Sud et l'Amérique du Nord, voilà que c'est maintenant une culture longtemps réprimée qui revient à l'avant-plan de la scène internationale pour dire : «Nous existons toujours et nous avons un message important à vous communiquer.»

Au cours de mon périple sur cette terre, j'ai eu la grande chance de côtoyer et de mieux comprendre la culture autochtone. J'ai appris le concept de la Mère Terre. La planète Terre est ce qui soutient la vie de tous les êtres vivants et pour cette raison, nous devons l'entretenir et la protéger. En côtoyant la culture autochtone, j'ai aussi compris à quel point la philosophie et les religions européennes nous ont déconnectés de la nature avec les conséquences que l'on constate aujourd'hui. Ce contexte a permis l'émergence du système capitaliste qui considère que tout est un bien qu'on peut exploiter tant qu'on peut en tirer un profit individuel. Regardez les conséquences sur notre région de cette façon de penser et d'agir. Nos forêts sont dévastées. Nos mers sont vidées. Le ventre de la terre est creusé pour en prendre la richesse. Nos régions sont polluées au point de nous en rendre malades. Ce système à l'appétit insatiable dévore nos ressources et nous condamne à perdre notre travail et, dans bien des cas, notre dignité. Ce système court à sa perte. Il y aura une fin à ce modèle économique qui ne tient pas compte de la vie dans ses multiples formes.

Si la Déclaration universelle des Droits de la Mère Terre devient réalité, cela signifiera que notre rapport avec la terre changera. Cela signifiera que les humains ne pourront plus se percevoir comme le centre de l'univers et l'espèce appelée à se multiplier et à dominer l'univers. Au contraire, si cette déclaration est adoptée un jour, nous serons appelés à reconnaître que nous (les humains) constituons un maillon fragile dans une vaste chaîne de vie qui comprend les animaux, les plantes, la terre, l'eau, les montagnes, les océans, l'air, etc. Si cette déclaration est adoptée, cela signifiera que nous devrons assumer un rôle qui consiste à ne plus exploiter ce qui nous entoure à des fins personnelles, mais bien à entretenir et à protéger la vie autour de nous qui nous permet à nous aussi de rester vivant sur la planète.

Deux pays d'Amérique du Sud ont déjà enchâssé une telle déclaration dans leur constitution. C'est dire que c'est une idée qui fait son chemin. L'urgence de la situation écologique planétaire donnera sûrement des ailes à cette idée. Je sens déjà le système actuel trembler dans ses fondements. Il arrive parfois que l'espoir se transforme en clameur. C'est alors que rien ne peut l'arrêter.

 
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